Depuis le 25 juillet 1995

– 14 février 2015 – DANEMARK: Deux attentats, trois morts. Deux attentats ont eu lieu dans la capitale danoise en moins de 24 heures, l’un touchant un centre culturel et l’autre une synagogue. Selon la police, le même homme serait derrière les deux attaques et aurait été tué par les forces de l’ordre.

Le Parti socialiste appelle à un rassemblement LUNDI 16 FEVRIER à 18h devant l’ambassade du Danemark à Paris, « en signe de solidarité avec le peuple danois frappé par le terrorisme ».

– 7 au 9 janvier 2015 – FRANCE: L’attentat de Charlie Hebdo, la fusillade de Montrouge, la prise d’otages à Dammartin-en-Goële, celle de l’hypercasher de la porte de Vincennes: la France a été frappée du 7 au 9 janvier 2015 par une série d’attaques terroristes d’une extrême violence: 17 morts.

– 24 mai 2014 – BELGIQUE: Un homme ouvre le feu dans le hall d’entrée du Musée juif de Bruxelles, faisant quatre morts dont un couple de touristes israéliens. Arrêté à Marseille, l’auteur présumé, le Franco-Algérien Mehdi Nemmouche, 29 ans, a été remis fin juillet à la justice belge, qui l’a inculpé pour «assassinat dans un contexte terroriste» et placé en détention préventive.

– 22 mai 2013 – GRANDE-BRETAGNE: Un soldat, Lee Rigby, 25 ans, est tué à l’arme blanche par deux hommes à proximité d’une caserne militaire de la Royal artillery à Woolwich, un quartier du sud-est de Londres. Selon des témoins, les deux agresseurs ont encouragé les passants à filmer la scène alors qu’ils s’acharnaient sur le corps de leur victime aux cris d’«Allah Akbar», avant d’être arrêtés.

– 11 au 19 mars 2012 – FRANCE: Les 11 et 15 mars, Mohamed Merah, 23 ans, tue trois militaires par balles à Toulouse et Montauban, puis, le 19 mars, trois enfants et un enseignant dans le collège juif Ozar Hatorah de Toulouse. Il est tué par la police le 22 mars à l’issue d’un siège de 32 heures de son appartement.

– 18 juil 2012 – BULGARIE: Cinq touristes israéliens sont tués à l’aéroport de Bourgas, dans l’explosion d’une bombe placée dans leur bus. Le chauffeur, et l’auteur de l’attentat sont également tués dans cet attentat. Israël accuse le mouvement chiite libanais Hezbollah.

– 22 juil 2011 – NORVEGE: Un extrémiste de droite, Anders Behring Breivik, fait exploser une bombe près du siège du gouvernement à Oslo, faisant huit victimes, puis ouvre le feu contre un camp d’été des Jeunes travaillistes sur l’île d’Utoeya, tuant 69 personnes, dont une majorité d’adolescents. Il purge une peine de 21 ans de prison, la peine maximale en Norvège, qui pourra être prolongée indéfiniment tant qu’il sera considéré comme dangereux.

– 7 juil 2005 – GRANDE-BRETAGNE: Quatre attentats-suicides coordonnés à l’heure de pointe dans trois rames de métro et un bus londoniens font 56 morts et 700 blessés. Ils sont revendiqués par un groupe se réclamant d’Al-Qaïda.

– 11 mars 2004 – ESPAGNE: Une dizaine de bombes explosent vers 7h40 à Madrid et dans sa banlieue à bord de quatre trains, faisant 191 morts et près de 2000 blessés. Cet attentat, revendiqué au nom d’Al-Qaïda par une cellule islamiste radicale, est le plus meurtrier en Europe occidentale depuis celui de Lockerbie (Ecosse) en 1988, commis contre un avion de ligne, qui avait fait 270 morts.

– 25 juillet 1995 – FRANCE: Une bombe explose dans une rame du Réseau express régional (RER) à la station «Saint-Michel», en plein coeur de Paris, faisant huit morts. Attribué aux extrémistes islamistes algériens, cet attentat est le plus meurtrier d’une vague d’actions terroristes, qui fera plus de 200 blessés au cours de l’été 1995.

(Source afp)

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Au revoir et bonne journée…

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L’assurance de sa voix a ralenti mon élan « au revoir et bonne journée ». Elle le répètera 10 fois, 20 fois, 30 fois « au revoir et bonne journée ». Elle tient d’une main la grille de l’école. De l’autre main les clés. Elle se tient très droite et à aucun moment sa voix ne flanchera. Pourtant, aucun visage ne se détourne de sa conversation en cours. On se presse au bureau ou au café du coin prendre justement un dernier café avant de s’engouffrer dans le métro. Son sourire continue de raccompagner les parents à la sortie de l’école. « Au revoir et bonne journée » ne recevra aucune réponse même chuchotée…

Ida

Tous petits

Il y a soixante-dix ans, Ida, qui s’appelle alors Fensterszab, française, de parents juifs polonais, a quatorze ans lorsque le 31 janvier 1944, trois gendarmes viennent l’arrêter dans le petit village de Lié, dans les Deux-Sèvres. Ses parents avaient préféré l’y laisser pour la protéger des rigueurs de la guerre. En 1940, il n’était pas encore question de persécutions anti-juives. Quel danger représentait cette enfant juive pour qu’on dépêchât trois représentants de la force publique afin de l’arrêter ? Comme d’autres, elle se retrouve à Drancy, persuadée qu’elle retrouvera sa mère. Elle s’accroche à cet espoir, comme d’autres, leurrés, et convaincus de l’existence de camps de travail familiaux… Mais Mme Fensterszab, arrêtée le 16 juillet 1942 lors de l’opération « Vent printanier » n’est plus. Ses cendres ont été emportées par le vent de la Silésie. Ida raconte le voyage en wagon plombé, la promiscuité, l’impérieuse nécessité de se soulager devant les autres, l’humiliation, dès le début, de ce transport d’êtres humains parqués comme des bêtes. Convoi du 10 février 1944 : 1500 personnes dont 295 enfants, la plus âgée ayant dix-huit ans et la plus jeune… dix-neuf jours. Arrivée en plein hiver, dans la neige. Les rails n’ont pas encore été allongés pour qu’ils permettent aux convois de déposer les Juifs dans le camp de Birkenau, le plus près possible des crématoires. Alors, il faut marcher dans la neige. Normalement, Ida n’aurait pas dû entrer dans le camp. Trop jeune. Bonne pour le gaz, à cause de la nécessité de mettre systématiquement à mort les enfants juifs. Mais sa coiffure en hauteur (idée de sa mère au printemps 1942), ses joues rebondies la font paraître plus âgée. Elle passe. Toujours habitée par l’espoir de retrouver cette mère aimée, mais qui est au Himmelkommando, le kommando du ciel. Elle l’apprendra, plus tard. Après, passage au sauna ; le déshabillage, humiliant ; la tonte, humiliante ; le tatouage, humiliant, qui la dépouille de son nom et fait d’elle le matricule 75 360 : fünf und siebzig tausend drei hundertsechzig. Chapitre après chapitre, simplement, elle raconte : la baraque, les chefs de block, l’appel, les kommandos, qui vous tuent (les marais, les pierres) ou vous préservent (le Kanada, l’usine), les sélections, dont on n’est jamais à l’abri. Dans cet enfer permanent, la chance, l’espoir, la volonté, le moral insufflés par les autres aident à tenir. Le courage, l’insolence de la jeunesse pour braver les interdits et aller se laver en pleine nuit, à l’eau glacée. Un peu d’hygiène pour rester digne et tenter de se préserver des maladies. Quelques boutons, la gale, une mauvaise allure mènent vite « au gaz »… Le père d’Ida est déporté le 31 juillet 1944, alors que le débarquement a déjà eu lieu. Le camp le sait grâce aux nouvelles arrivées. Elle ne reverra pas son père. Elle survit à la marche de la mort, qui décime la moitié des déportés que les nazis évacuent du camp. Arrivée à Ravensbrück, puis à Neustadtglewe, Ida est aux portes de la mort. Ses pieds ont gelé pendant la marche de la mort, elle a contracté le typhus. Elle raconte avec émotion comment une Polonaise, Wanda, qu’elle essaiera de retrouver après la guerre, lui sauva la vie. Ida, libérée par les soldats alliés, est rapatriée en France, où elle ne retrouve que son frère. Que faire, comme les autres adolescents dont la vie fut saccagée par la déportation ? Réapprendre à vivre. Après Auschwitz mais avec Auschwitz. Mais aussi parler. Mettre des mots sur l’inimaginable pour le rendre dicible. Raconter la mort, le courage et les rébellions face à la barbarie. Comme d’autres déportées, dont Suzanne Birnbaum, qui avait témoigné en 1945 dans un livre réédité par l’amicale d’Auschwitz, avec le soutien de la Fondation pour la mémoire de la Shoah (Une Française juive est revenue), Ida raconte la révolte du Sonderkommando et l’évasion, puis la reprise et l’assassinat de Mala, une jeune juive belge. Cela aussi fut. Parler, raconter, jamais le témoignage ne manqua. Mais les oreilles ne purent ou ne voulurent pas entendre. Comme auparavant des yeux ne voulurent pas voir, des consciences ne pas savoir. La chape de silence s’abattit plusieurs décennies durant, la France ne voulant pas se souvenir du destin des déportés raciaux pendant qu’on fêtait les résistants à la descente des trains. On s’occupa des Juifs survivants mais dans un certain malaise car leur présence représentait le souvenir de Vichy. Ce qu’on voulait oublier, dans l’euphorie d’une France présentée comme tout entière combattante. Il y eut heureusement une solidarité entre déportées juives et déportées résistantes, avant et après le camp.

En mai 1945, c’est en brouette que les soldats soviétiques l’évacuent vers un hôpital militaire. Rapatriée au Bourget en avion, elle apprend que son père, déporté mi-1944, ne reviendra pas.

« J’ai su toute petite ce qu’étaient les pogroms », raconte Ida Grinspan, née Fensterszab, à qui son père, modeste tailleur, « faisait souvent remarquer la chance [qu’elle avait] de vivre en France ». Déportée en 1944 à Birkenau, Ida Grinspan s’est « libérée » par la plume en publiant J’ai pas pleuré, en 2002, écrit avec Bertrand Poirot-Delpech (Robert Laffont). A l’initiative de Sylvie Hennet, Professeur d’Histoire au Collège Claude Chappe, Ida, enfant du 19ème, est venue en voisine, raconter aux élèves du collège son histoire.

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J’ai toujours rêvé d’avoir de gros seins

Finally-TogetherEntre soi : Situation de personnes qui choisissent de vivre dans leur microcosme (social, politique, etc.) en évitant les contacts avec ceux qui n’en font pas partie…

On peut parfois coller en titre une accroche qui n’a rien à voir avec le contenu. Sorte d’emballage trompeur. Tromperie sur la marchandise. Petite imposture dans le cas présent. Petit moment d’auto-dérision. On peut parler de choses très sérieuses sans se prendre trop au sérieux.
Donc non, il ne s’agira absolument pas ici de parler de mes seins…
Cette semaine le Premier ministre a utilisé le mot « Apartheid » (c’était brutal) et du coup la polémique qui s’en est suivi a presque éludé l’essentiel de son propos. Et pourtant lors de ses voeux à la presse, mardi 20 janvier, Manuel Valls a plaidé pour la lutte contre les inégalités :
«Cette question est au cœur de cet enjeu fondamental qu’est la citoyenneté, c’est-à-dire, pour le dire autrement, ce sentiment d’appartenance à une même nation, d’avoir un destin commun, d’avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs».
Existe t-il le sentiment d’avoir un destin commun entre le mangeur de burgers du Père Claude (Avenue de la Motte-Picquet) et l’habitué du Djembé (rue Eugène Jumin) ? On peine à le croire ! Pas plus qu’avec le pilier de comptoir du bar de l’hypermarché Leclerc (rue Léonard de Vinci à Parthenay) !
Dire aujourd’hui que la cohésion sociale de ce pays est bien mise à mal par l’entre soi ne fait que paraphraser ce que certains écrivaient dès 2003.
Certes, l’expression était brutale. Il aurait mieux valu parler de ghettoïsation ? Ghettos à la française ? Mais la réalité ne l’est-elle pas, brutale ?
L’économiste Éric Maurin constatait en 2004 que la ségrégation n’avait pas augmenté ces vingt dernières années, sauf chez les catégories socioprofessionnelles les plus aisées. En revanche, les travaux de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme, portant sur la région Île-de-France, avait mis en évidence une polarisation croissante des communes : entre 1984 et 1996, le revenu réel moyen avait subi une baisse de 1 % à 8 % dans les trois déciles des communes les plus pauvres, alors que celui du décile le plus riche avait augmenté de 18,5 %.
Nous sommes encore loin de connaître l’apartheid urbain qui sévit aux États-Unis, où se multiplient les ensembles résidentiels fermés. Mais, nourrie par le désir des classes moyennes d’accéder à la propriété et de quitter les quartiers populaires, la tendance à la formation de lotissements socialement plus homogènes, en zone périurbaine, avait déjà de bonnes chances de se renforcer.
Quant à la ségrégation scolaire, liée à la ségrégation résidentielle du fait de la sectorisation, mais aussi parfois imputable aux stratégies de contournement de la carte scolaire par les familles, elle semblait reposer de plus en plus sur des bases ethniques. Une enquête réalisée sur l’ensemble des collèges de l’académie de Bordeaux, pour l’année 2000-2001 (!!!), avait pris la mesure de cet évitement de nature ethnique : seulement 10 % des établissements y scolarisaient 40 % des élèves issus du Maghreb, d’Afrique noire et de Turquie. En 2003, G. Felouzis constatait qu’on trouvait des collèges qui pouvaient être assez hétérogènes socialement, mais par ailleurs complètement “blancs”. Or, il n’y a aucune raison de penser qu’en la matière, l’académie de Bordeaux constituait une exception (sic).
Il est également temps, selon Manuel Valls, de sortir des faux débats. Notamment celui sur l’intégration.
«Oublions les mots qui ne veulent plus rien dire.»
Le Premier ministre est convaincu qu’il ne sert à rien de parler d’intégration lorsqu’il est question des personnes ayant la nationalité française.
Un représentant préfectoral est venu la semaine passée interroger de jeunes gens, tous nés en France, Français, mais apparemment pas assez « AOC » (Appellation d’origine Contrôlée), tous diplômés, salariés, investit dans leur quartier dans le 19ème arrondissement, pour aider notamment à l’insertion professionnelle des jeunes de leur quartier. Il leur a demandé : « Vous vous sentez Français ? » A n’en pas douter il ne touchait même pas d’un doigt le désarroi et la colère dans lesquels il venait de les plonger.
Aujourd’hui on tente de « regarder les choses avec lucidité ». Mais nous ne découvrons rien ? On n’oublie pas non plus les amalgames qui ont été et sont toujours faits.
Alors que les questions d’identité ont pris le pas depuis déjà trop longtemps sur les questions d’égalité, oui il faut plus de République et pas moins de République. « Liberté, Égalité, Fraternité » Oui !
Mais la République ne doit-elle pas reconnaître tous ses enfants ? Continuerons nous à parler des « enfants de l’immigration de la 3éme génération » ? Leurs enfants seront-ils les « enfants de l’immigration de la 5ème génération » ?

M. Gauchet, La démocratie contre elle-même, Gallimard, coll. “Tel”, 2002.

É. Maurin, Le ghetto français, Le Seuil, coll. “La République des idées”, 2004.

G. Felouzis, “La ségrégation ethnique au collège et ses conséquences”, Revue française de sociologie, vol. 44, n°3, 2003.

Sentiment d’appartenance

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« (…) L’identité ne se compartimente pas, elle ne se répartit ni par moitiés, ni par tiers, ni par plages cloisonnées. Je n’ai pas plusieurs identités, j’en ai une seule faite de tous les éléments qui l’ont façonnée, selon un ‘dosage’ particulier qui n’est jamais le même d’une personne à l’autre »

Amin MAALOUF, 1998

La notion de sentiment d’appartenance est utilisée, soit en tant que telle, soit sous des terminologies approchantes, dans de nombreux travaux sur l’identité. Le sentiment d’appartenance peut être défini comme un processus d’identification à trois polarités : identifier autrui, s’identifier à autrui, être identifié par autrui, autrui référant aussi bien à un groupe de personnes qu’à un individu en tant que membre du groupe visé. Quelle articulation entre l’identité individuelle et l’identité collective ? Quelle mise en relation du sentiment d’appartenance et des relations interculturelles ?

Qu’est-ce qui fait le sentiment d’appartenance ?

Sentiment d’appartenance à un territoire, régional, communal, voire à un seul micro-quartier, à une communauté religieuse, à une communauté nationale… Mais où est le sentiment d’appartenance à la communauté républicaine de France ? Le dimanche 11 janvier 2015, près de 4 millions de personnes ont manifesté. Une majorité est descendue dans les rues pour y défendre les valeurs de la République française : Liberté, égalité et fraternité. L’enjeu est bien de démontrer que la république à la française ne doit pas être l’addition de communautés.

Lorsqu’on célèbre un mariage dans la maison commune de la République, on prononce ces mots « les époux s’obligent mutuellement à une communauté de vie ». Une question essentielle et qui n’a pas surgit seulement la semaine passée dans notre pays, c’est la nécessité de retrouver ce sentiment d’appartenance à la communauté républicaine de France.

On a conjugué à tous les modes le « vivre ensemble », le « mieux vivre ensemble », tout en étant bien conscient que chacun vivait « à côté de l’autre ». Comment faire pour « s’obliger mutuellement à une communauté de vie » dans la République ?

Je me reconnais dans ce que disait Elisabeth Badinter en septembre 2013 : « Aujourd’hui, la liberté signifie: je fais ce que je veux. C’est-à-dire que j’obéis à mes envies, à mes désirs, mais pas nécessairement à la raison ni à la loi. Parallèlement s’est développé le multiculturalisme. Chacun fait ce qu’il veut, et dans le multiculturalisme, cela se traduit par: chaque communauté fait ce qu’elle veut. Chaque communauté ne peut pas faire ce qu’elle veut ». Elisabeth Badinter ne dénonce pas le multiculturalisme de la France mais le virage du repli chacun sur sa communauté, dans sa communauté, et toutes sont concernées.

Mais je ne me reconnais absolument pas par contre dans ce que développait Michèle Tribalat sur le site Atlantico.fr en février 2014 qui dénonçait la feuille de route du gouvernement : « (…) si l’on ne se souvient plus de l’origine de tous les grands noms d’origine étrangère, c’est précisément parce qu’ils sont français dans l’esprit de tous. Ils font partie de l’histoire de France et non de telle ou telle histoire particulière. C’est une désassimilation rétrospective qui est proposée ». Assimilation, le mot est lâché. Pour faire parti du film il faut gommer…

La question n’est pas de tout faire pour « cultiver une mémoire à caractère ethnique et parcellaire », ni de « dépiauter pour singulariser ce qui vient d’ailleurs ». Mais enfin ! En quoi évoquer, au moins évoquer, dans les cours d’Histoire aux collégiens, par exemple, le massacre des tirailleurs sénégalais de Clamecy, où plus de 40 tirailleurs sénégalais avaient été séparés des autres prisonniers et été abattus par les nazis qui les considéraient comme des « sous-hommes », c’est cultiver une mémoire « ethnique et parcellaire » ? En quoi ?

Lorsque Eric Zemmour évoque le rôle de « sauveur » des juifs Français du gouvernement de Vichy, on sait que son objectif est d’articuler sa démonstration pour faire la promotion de la « préférence nationale ». Mais personne ! pour lui rappeler l’abrogation du décret Crémieux par le régime de Vichy (7 octobre 1940: Promulgation du « statut des juifs ». 8 octobre 1940: Abolition du décret Crémieux par Marcel Peyrouton, ministre de l’intérieur. 11 octobre: Les juifs n’ont plus droit de se faire naturaliser individuellement. 21 juin 1941: Promulgation du « second statut des juifs »). Personne ! Pour évoquer les camps d’internement au Maroc. 90 % des internés de Berguent étaient alors des anciens volontaires de l’armée française ; des juifs d’origines diverses ayant, à un certain moment, élu domicile en France, considérée comme terre d’asile pour les opprimés. Engagés volontaires en 1940, ils se retrouvèrent au Maroc au moment de la démobilisation. Les options idéologiques du gouvernement de Vichy les ont alors destiné, au camp de Bou-Arfa, « par mesure administrative ».

Savoir d’où tu viens pour savoir où tu vas, cela ne contrevient en rien au respect de la République.

En 2011, la Mairie du 19éme arrondissement a remporté le Territoria d’or de la citoyenneté. Elle a été primée pour son parcours « Mémoire et Citoyenneté » qui vise à sensibiliser les élèves de 3ème à leur programme d’histoire par le biais de témoignages vivants (plus de 200 élèves). Aux voeux du Maire François Dagnaud et de son équipe, on pouvait lire sur fond noir « TOUS ENSEMBLE NOUS SOMMES LA RÉPUBLIQUE », et le message était clair, combattre la barbarie, et nous sommes nous tous des enfants de la République.

Identifier autrui, s’identifier à autrui, être identifié par autrui.

Ceux qu’on appellent des « élus locaux » doivent connaître, arpenter, chaque coin de rue, être identifiés et reconnus des habitants, dans tous les quartiers, qui doivent échanger avec des acteurs associatifs, de l’éducation populaire, des personnalités institutionnelles…et pas des « représentants de communautés », et AGIR !

Pour reprendre un terme que mes filles définiraient comme « swag », pour « faire société », il faut « faire République » !

Nous sommes

Les jours d’après…

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Dix-sept morts, tués parce que journalistes, policiers, juifs. En trois jours des salopards ont plongé la France dans le cauchemar et l’effroi. Et le pays est sorti de cette sorte de torpeur blasée qui l’étouffait depuis quelques temps déjà. Près de quatre millions de personnes ont manifesté dans les rues, dans toute la France, au nom de « Nous sommes Charlie », « nous sommes policiers », « nous sommes juifs », applaudissant et chantant la Marseillaise. L’union nationale a surgit dans le pays. Des figures du journalisme satirique, des caricaturistes ont été abattues froidement : Wolinski, Charb, Cabu, Tignous. Leur assassins l’ont clamé dans la rue : ils avaient « vengé le prophète ». Un employé de la Sodexho éliminé. Des policiers tués. Une jeune policière municipale abattue dans le dos. Un joggeur tiré comme un lapin et plongé dans un coma artificiel, entre la vie et la mort. Quatre otages tués parce que juifs. Et le monde entier – ou presque – est venu se ranger au côté de la France, en solidarité.

Les jours ont passé, le « cours normal » de chacune de nos vies devait s’imposer. Chaque jour égrainé je me suis interrogée : qu’aurait-il pensé, qu’aurait-il dit ? La lecture de Charlie Hebdo était un moment de rire et de plaisir pour cet homme plus laïcard que laïc qui appréciait cette impertinence et cette insolence.

Il détestait ce qu’il appelait les « bon-dieuseries ». Il n’avait rien contre les croyants, ni en général, ni en particulier, mais il honissait cet opium du peuple, cette « misère religieuse » responsable selon lui de bien des désastres dans le monde. Ce passionné d’Histoire, de politique, cet autodidacte comme on dit, était toujours au fait de l’actualité.

J’avais dix ans, il m’avait expliqué l’attentat du 3 octobre 1980 contre la synagogue de la rue Copernic et son dégout pour les mots prononcés par Raymond Barre.

En 2001, nous avions parlé du 11 septembre, beaucoup. Il m’avait aussi fait part de son raz-le-bol dans les mois qui avaient suivis, de voir le personnel travaillant sur les pistes de Roissy-Charles de Gaulle « emmerdés », à tout bout de champ, pour renouveler leur laissez-passer parce que « d’origine musulmane » comme disaient certains. Il disait sa crainte de voir chaque musulman soupçonné d’être des djihadistes en « veille ».

Il aurait sans doute hurlé à l’évocation des théories « complotistes ». Il aurait voulu dire son admiration pour le courage de Lassana Bathily qui a risqué sa vie pour planquer des clients de l’hypercasher vendredi dernier. Il aurait applaudit à la garde à vue de Dieudonné et à sa prochaine convocation devant le tribunal correctionnel à une audience ultérieure pour répondre des faits d’apologie d’acte de terrorisme.

Mais il n’est pas là, plus là, pour exprimer ce que ces derniers jours auraient provoqué chez lui. Trois années à penser chaque jour un peu à lui, mon père. Et ces derniers jours encore un peu plus. J’ai mon numéro de Charlie Hebdo du 14 janvier 2015. Lui il aurait acheté les numéros des semaines précédentes quand je n’aurais que regardé mes mails pour voir le dessin de la Une à paraitre le lendemain. Aujourd’hui mon papa repose plus en cendres qu’en paix, c’est malheureusement certain.