Seul le prononcé fait foi

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Combien de fois entends-on « j’te jure je lui aurais bien dit que – j’ai faillit lui répondre – j’ai pensé lui dire » ? Bienséance ou petite lâcheté, il est rare que l’on dise vraiment « aux gens » ce que l’on pense d’eux, de ce qu’ils viennent de dire etc.

Le vice est même parfois poussé à l’excès. Combien de fois ai-je entendu « tu y es allée fort – tu n’aurais pas dû lui dire ça – à ta place je n’aurais pas dit çi ou pas dit ça« .

Dans une atmosphère baignée de « coeurs avec les doigts » et d’images d’ours ou de chats ou chiens « cro-mignons », adopter l’attitude du « cash » n’a pas le vent en poupe (et non pas en poulpe – private joke).

A notre rescousse, Aristote reconnait que la sincérité comme la fausseté peuvent être utilisées dans un but précis ou sans but, mais que le « véritable caractère [de tout homme] se révèle dans le langage, les actes et la façon de vivre, toutes les fois qu’il n’agit pas en vue d’une fin. » Il indique que la sincérité est une vertu noble, et que son contraire est méprisable.

Méprisé est pourtant celui ou celle qui s’aventure à dire « pour de vrai » ce qu’il/elle pense. Dans la même mécanique que l’empathie a « le seum », dire en toute sincérité ce qu’on pense par exemple de son attitude  à quelqu’un est parfaitement ringard et crée les pires difficultés relationnelles.

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 On ne dira pas : « Tu me prends vraiment pour une baltringue » – On préférera : « J’ai dû rater un épisode« 

Pourtant il est plus que vraisemblable que cet individu sous-estime sévèrement votre intelligence.

A en croire un célèbre proverbe du XIIIème siècle le mensonge et la dissimulation ont leurs vertus. En effet, il serait préférable de taire certaines vérités susceptibles de blesser son interlocuteur.

Le bon sens proverbial ou Aristote… ?

Anne, ma soeur Anne…*

* Anne, ma soeur Anne, Louis Chédid, 1985

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Bel hommage de Louis Chedid à cette enfant victime de « l’historique hystérie » nazie dans cette chanson Anne, ma soeur Anne sortie en 1985. Anne Franck est morte il y a 70 ans. Elle aurait eu 85 ans.

J’avais 13 ans, l’une de mes tantes m’offrait Le Journal d’Anne Franck, le livre composé du journal intime tenu par Anne Franck une jeune fille allemande, juive, exilée au Pays-Bas avec sa famille. Et je plongeais littéralement dans le quotidien de Anne 13 ans recluse avec sa famille et 4 autres personnes parce que juifs,  dans « l’annexe », cette partie cachée tout en haut de la maison du 263 Prinsengracht à Amsterdam. L’Allemagne nazie occupe les Pays-Bas.

Le 9 octobre 1942, elle écrit « La radio anglaise parle d’asphyxie par le gaz. Je suis complètement bouleversée. »

En 1979, exceptionnellement mes parents nous autorisaient ma soeur et moi à regarder la télé un mardi soir après 20h. Les Dossiers de l’écran sur Antenne 2 diffusaient la mini-série américaine qui décrit la destruction des juifs d’Europe à travers l’histoire de deux familles de Berlin, l’une juive, l’autre nazie (Holocaust).

Là on n’était pas dans une série, on était dans l’écrit. La narration écrite par une jeune fille qui avait mon âge contrainte de vivre durant deux années à huis-clos, avec 7 autres personnes. Ce n’est que grâce à un miroir qu’elle pouvait apercevoir le ciel.

A 13 ans, on ne tient pas en place, on veut tout découvrir, on croit tout savoir, on veut aimer, être aimé. Peter-van-Pels-and-Anne-Frank7

Elle est réduite au silence à journée entière, le moindre bruit émanant de l’Annexe révélerait la présence des clandestins réfugiés au dernier étage de l’entreprise de son père Otto. Outre la famille Frank, quatre autres Juifs sont cachés dans l’annexe : Hermann et Auguste van Pels et leur fils Peter, et Fritz Pfeffer. Quatre employés de l’entreprise d’Otto aident les clandestins. Les clandestins ont quotidiennement peur d’être découverts. Et ce n’est pas si simple que ça de vivre à huit dans un espace aussi étroit.

“C’est une sensation très étrange, pour quelqu’un dans mon genre d’écrire un journal. Non seulement je n’ai jamais écrit mais il me semble que plus tard, ni moi ni personne ne s’intéressera aux confidences d’une écolière de treize ans.”

“L’idée de ne jamais pouvoir sortir m’oppresse aussi plus que je ne suis capable de le dire et j’ai très peur qu’on nous découvre et qu’on nous fusille, évidemment une perspective assez peu réjouissante.”

“Ne me juge pas mal, mais considère-moi plutôt comme quelqu’un qui de temps en temps a le cœur trop lourd.”

“La chose importante à garder en tête est qu’il ne faut jamais attendre une minute pour commencer à changer le monde.”

“Moi, je veux continuer à vivre, même après ma mort.”

Dernière phrase écrite par Anne Franck, 3 jours avant son arrestation et celle de tous les occupants de l’Annexe, le 4 août 1944 : “Je ne cesse de chercher un moyen de devenir comme j’aimerais tant être et comme je pourrais être, si..personne d’autre ne vivait sur terre. »

Le 4 août 1944, les clandestins sont arrêtés. Quelqu’un les a dénoncés. Ils sont déportés via le camp de transit de Westerbork à Auschwitz. Seul Otto survit à la déportation, tous les autres clandestins de l’annexe trouvent la mort. L’identité du délateur n’a jamais été découverte.

Anne est arrêtée avec les autres clandestins. Dans le camp de concentration d’Auschwitz, Anne se retrouve avec sa mère et sa soeur dans une baraque. Par la suite, Anne et Margot sont envoyées à Bergen-Belsen. C’est là qu’Anne meurt, en mars 1945, à l’âge de 15 ans.

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Faut-il interdire La Reine des Neiges ?

Libéréééééée… délivrééééée… Délivrée de La reine des neiges ne serait-ce pas merveilleux ?

La Reine des neiges est le 127ᵉ long-métrage d’animation et le 53ᵉ « Classique d’animation » des studios Disney. Sorti en 2013, il est librement inspiré du conte éponyme de Hans Christian Andersen publié en 1844. « Librement inspiré » c’est le cas. Et avec son cortège de « tubes » qui s’égraine inlassablement, il est devenu quasi quotidien dans mon salon depuis de longs mois déjà.

Le « petit plus » reste l‘amour est un cadeau mettant en scène Anna et le méchant Hans qui use et abuse de la crédulité de cette pauvre petite Anna :  » – Anna : J’ai envie de vous dire une chose totalement insensée – Hans : J’aime les idées insensées. – Anna : Toute ma vie je n’ai trouvé que des portes fermées. Jusqu’au jour où je suis tombée sur vous – Hans : C’est aussi le sentiment que j’ai, parce que j’ai passé mon temps à chercher ma bonne étoile. Jusqu’à cette grande fête royale où mon cœur se régale. – Anna : Avec vous. – Hans : Avec vous, je n’hésite plus. – Anna : Je vous ai vu. – Ensemble : Et j’ai découvert un sentiment nouveau. L’amour est un cadeau! L’amour est un cadeau!- Hans : Comment expliquer – Anna : Quoi? – Hans : Qu’un inconnu finisse. – Anna :Toutes vos phrases – Hans : C’est ce que j’allais vous dire! – Anna : Je ne connais personne. – Ensemble : Qui me ressemble autant! Nos âmes sont comme synchronisées. Une seule façon de l’expliquer. – Notre – Amour – Est – Si. Ensemble : Si évident! – Dites adieu – Dites adieu. Ensemble : Aux douleurs du passé. Ce qui nous attend est bien plus beau! Pour nous! – Pour nous! – Pour nous! – Pour nous! Ensemble: L’amour est un cadeau. – Hans : J’ai une idée des plus insensées, voulez-vous m’épouser? – Anna : J’ai une réponse encore plus insensée. Oui! ».

Je ne suis pas parvenu à regarder une seule fois dans son intégralité cette épopée de deux soeurs princesses, de cette histoire de coeur de glace et je ne sais même pas si Hans épouse Anna…

En 1978, je pense avoir tué les premiers espoirs que mes parents avaient fondé sur moi en fredonnant non stop You’re the one that I want. Oh My God, je viens d’établir un parallèle entre un classique d’animation des studios Disney et le désormais cultissime GREASE ! Il n’empêche que le 45 T (pour 45 Tours) a fini rayé c’est sûr et que ma soeur et moi arborions fièrement un badge avec Olivia Newton-John et John Travolta.

Faut-il interdire à la chair de sa chair de s’intoxiquer ainsi que toute sa famille à grands coups de chansonnettes rejetées par certains comme un symbole honni de la sous-culture américaine ? Et le condamner ainsi à la mise au ban de la cour de l’école maternelle ?

Ce que je sais c’est que ça persiste, mais tout autant que Black M qui dit que « Parce que Dieu est grand, et on est seul, on meurt seul« , ou Papaoutai et son refrain hypnotique. Ce que je sais c’est qu’on peut éveiller le sens de l’humour et le second degré chez un enfant en parodiant à l’envie ces morceaux d’anthologie. Ce que je sais c’est qu’on peut se rassurer parce que tous les champs des possibles en matière d’écoute musicale sont ouverts à l’enfant en question… et qu’en matière d’écoute compulsive d’un même morceau, elle a n’a pas rien à envier à sa mère capable d’enchainer, sans ciller, dix fois Modern love… 😉
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