J’ai toujours rêvé d’avoir de gros seins

Finally-TogetherEntre soi : Situation de personnes qui choisissent de vivre dans leur microcosme (social, politique, etc.) en évitant les contacts avec ceux qui n’en font pas partie…

On peut parfois coller en titre une accroche qui n’a rien à voir avec le contenu. Sorte d’emballage trompeur. Tromperie sur la marchandise. Petite imposture dans le cas présent. Petit moment d’auto-dérision. On peut parler de choses très sérieuses sans se prendre trop au sérieux.
Donc non, il ne s’agira absolument pas ici de parler de mes seins…
Cette semaine le Premier ministre a utilisé le mot « Apartheid » (c’était brutal) et du coup la polémique qui s’en est suivi a presque éludé l’essentiel de son propos. Et pourtant lors de ses voeux à la presse, mardi 20 janvier, Manuel Valls a plaidé pour la lutte contre les inégalités :
«Cette question est au cœur de cet enjeu fondamental qu’est la citoyenneté, c’est-à-dire, pour le dire autrement, ce sentiment d’appartenance à une même nation, d’avoir un destin commun, d’avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs».
Existe t-il le sentiment d’avoir un destin commun entre le mangeur de burgers du Père Claude (Avenue de la Motte-Picquet) et l’habitué du Djembé (rue Eugène Jumin) ? On peine à le croire ! Pas plus qu’avec le pilier de comptoir du bar de l’hypermarché Leclerc (rue Léonard de Vinci à Parthenay) !
Dire aujourd’hui que la cohésion sociale de ce pays est bien mise à mal par l’entre soi ne fait que paraphraser ce que certains écrivaient dès 2003.
Certes, l’expression était brutale. Il aurait mieux valu parler de ghettoïsation ? Ghettos à la française ? Mais la réalité ne l’est-elle pas, brutale ?
L’économiste Éric Maurin constatait en 2004 que la ségrégation n’avait pas augmenté ces vingt dernières années, sauf chez les catégories socioprofessionnelles les plus aisées. En revanche, les travaux de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme, portant sur la région Île-de-France, avait mis en évidence une polarisation croissante des communes : entre 1984 et 1996, le revenu réel moyen avait subi une baisse de 1 % à 8 % dans les trois déciles des communes les plus pauvres, alors que celui du décile le plus riche avait augmenté de 18,5 %.
Nous sommes encore loin de connaître l’apartheid urbain qui sévit aux États-Unis, où se multiplient les ensembles résidentiels fermés. Mais, nourrie par le désir des classes moyennes d’accéder à la propriété et de quitter les quartiers populaires, la tendance à la formation de lotissements socialement plus homogènes, en zone périurbaine, avait déjà de bonnes chances de se renforcer.
Quant à la ségrégation scolaire, liée à la ségrégation résidentielle du fait de la sectorisation, mais aussi parfois imputable aux stratégies de contournement de la carte scolaire par les familles, elle semblait reposer de plus en plus sur des bases ethniques. Une enquête réalisée sur l’ensemble des collèges de l’académie de Bordeaux, pour l’année 2000-2001 (!!!), avait pris la mesure de cet évitement de nature ethnique : seulement 10 % des établissements y scolarisaient 40 % des élèves issus du Maghreb, d’Afrique noire et de Turquie. En 2003, G. Felouzis constatait qu’on trouvait des collèges qui pouvaient être assez hétérogènes socialement, mais par ailleurs complètement “blancs”. Or, il n’y a aucune raison de penser qu’en la matière, l’académie de Bordeaux constituait une exception (sic).
Il est également temps, selon Manuel Valls, de sortir des faux débats. Notamment celui sur l’intégration.
«Oublions les mots qui ne veulent plus rien dire.»
Le Premier ministre est convaincu qu’il ne sert à rien de parler d’intégration lorsqu’il est question des personnes ayant la nationalité française.
Un représentant préfectoral est venu la semaine passée interroger de jeunes gens, tous nés en France, Français, mais apparemment pas assez « AOC » (Appellation d’origine Contrôlée), tous diplômés, salariés, investit dans leur quartier dans le 19ème arrondissement, pour aider notamment à l’insertion professionnelle des jeunes de leur quartier. Il leur a demandé : « Vous vous sentez Français ? » A n’en pas douter il ne touchait même pas d’un doigt le désarroi et la colère dans lesquels il venait de les plonger.
Aujourd’hui on tente de « regarder les choses avec lucidité ». Mais nous ne découvrons rien ? On n’oublie pas non plus les amalgames qui ont été et sont toujours faits.
Alors que les questions d’identité ont pris le pas depuis déjà trop longtemps sur les questions d’égalité, oui il faut plus de République et pas moins de République. « Liberté, Égalité, Fraternité » Oui !
Mais la République ne doit-elle pas reconnaître tous ses enfants ? Continuerons nous à parler des « enfants de l’immigration de la 3éme génération » ? Leurs enfants seront-ils les « enfants de l’immigration de la 5ème génération » ?

M. Gauchet, La démocratie contre elle-même, Gallimard, coll. “Tel”, 2002.

É. Maurin, Le ghetto français, Le Seuil, coll. “La République des idées”, 2004.

G. Felouzis, “La ségrégation ethnique au collège et ses conséquences”, Revue française de sociologie, vol. 44, n°3, 2003.

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