Sentiment d’appartenance

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« (…) L’identité ne se compartimente pas, elle ne se répartit ni par moitiés, ni par tiers, ni par plages cloisonnées. Je n’ai pas plusieurs identités, j’en ai une seule faite de tous les éléments qui l’ont façonnée, selon un ‘dosage’ particulier qui n’est jamais le même d’une personne à l’autre »

Amin MAALOUF, 1998

La notion de sentiment d’appartenance est utilisée, soit en tant que telle, soit sous des terminologies approchantes, dans de nombreux travaux sur l’identité. Le sentiment d’appartenance peut être défini comme un processus d’identification à trois polarités : identifier autrui, s’identifier à autrui, être identifié par autrui, autrui référant aussi bien à un groupe de personnes qu’à un individu en tant que membre du groupe visé. Quelle articulation entre l’identité individuelle et l’identité collective ? Quelle mise en relation du sentiment d’appartenance et des relations interculturelles ?

Qu’est-ce qui fait le sentiment d’appartenance ?

Sentiment d’appartenance à un territoire, régional, communal, voire à un seul micro-quartier, à une communauté religieuse, à une communauté nationale… Mais où est le sentiment d’appartenance à la communauté républicaine de France ? Le dimanche 11 janvier 2015, près de 4 millions de personnes ont manifesté. Une majorité est descendue dans les rues pour y défendre les valeurs de la République française : Liberté, égalité et fraternité. L’enjeu est bien de démontrer que la république à la française ne doit pas être l’addition de communautés.

Lorsqu’on célèbre un mariage dans la maison commune de la République, on prononce ces mots « les époux s’obligent mutuellement à une communauté de vie ». Une question essentielle et qui n’a pas surgit seulement la semaine passée dans notre pays, c’est la nécessité de retrouver ce sentiment d’appartenance à la communauté républicaine de France.

On a conjugué à tous les modes le « vivre ensemble », le « mieux vivre ensemble », tout en étant bien conscient que chacun vivait « à côté de l’autre ». Comment faire pour « s’obliger mutuellement à une communauté de vie » dans la République ?

Je me reconnais dans ce que disait Elisabeth Badinter en septembre 2013 : « Aujourd’hui, la liberté signifie: je fais ce que je veux. C’est-à-dire que j’obéis à mes envies, à mes désirs, mais pas nécessairement à la raison ni à la loi. Parallèlement s’est développé le multiculturalisme. Chacun fait ce qu’il veut, et dans le multiculturalisme, cela se traduit par: chaque communauté fait ce qu’elle veut. Chaque communauté ne peut pas faire ce qu’elle veut ». Elisabeth Badinter ne dénonce pas le multiculturalisme de la France mais le virage du repli chacun sur sa communauté, dans sa communauté, et toutes sont concernées.

Mais je ne me reconnais absolument pas par contre dans ce que développait Michèle Tribalat sur le site Atlantico.fr en février 2014 qui dénonçait la feuille de route du gouvernement : « (…) si l’on ne se souvient plus de l’origine de tous les grands noms d’origine étrangère, c’est précisément parce qu’ils sont français dans l’esprit de tous. Ils font partie de l’histoire de France et non de telle ou telle histoire particulière. C’est une désassimilation rétrospective qui est proposée ». Assimilation, le mot est lâché. Pour faire parti du film il faut gommer…

La question n’est pas de tout faire pour « cultiver une mémoire à caractère ethnique et parcellaire », ni de « dépiauter pour singulariser ce qui vient d’ailleurs ». Mais enfin ! En quoi évoquer, au moins évoquer, dans les cours d’Histoire aux collégiens, par exemple, le massacre des tirailleurs sénégalais de Clamecy, où plus de 40 tirailleurs sénégalais avaient été séparés des autres prisonniers et été abattus par les nazis qui les considéraient comme des « sous-hommes », c’est cultiver une mémoire « ethnique et parcellaire » ? En quoi ?

Lorsque Eric Zemmour évoque le rôle de « sauveur » des juifs Français du gouvernement de Vichy, on sait que son objectif est d’articuler sa démonstration pour faire la promotion de la « préférence nationale ». Mais personne ! pour lui rappeler l’abrogation du décret Crémieux par le régime de Vichy (7 octobre 1940: Promulgation du « statut des juifs ». 8 octobre 1940: Abolition du décret Crémieux par Marcel Peyrouton, ministre de l’intérieur. 11 octobre: Les juifs n’ont plus droit de se faire naturaliser individuellement. 21 juin 1941: Promulgation du « second statut des juifs »). Personne ! Pour évoquer les camps d’internement au Maroc. 90 % des internés de Berguent étaient alors des anciens volontaires de l’armée française ; des juifs d’origines diverses ayant, à un certain moment, élu domicile en France, considérée comme terre d’asile pour les opprimés. Engagés volontaires en 1940, ils se retrouvèrent au Maroc au moment de la démobilisation. Les options idéologiques du gouvernement de Vichy les ont alors destiné, au camp de Bou-Arfa, « par mesure administrative ».

Savoir d’où tu viens pour savoir où tu vas, cela ne contrevient en rien au respect de la République.

En 2011, la Mairie du 19éme arrondissement a remporté le Territoria d’or de la citoyenneté. Elle a été primée pour son parcours « Mémoire et Citoyenneté » qui vise à sensibiliser les élèves de 3ème à leur programme d’histoire par le biais de témoignages vivants (plus de 200 élèves). Aux voeux du Maire François Dagnaud et de son équipe, on pouvait lire sur fond noir « TOUS ENSEMBLE NOUS SOMMES LA RÉPUBLIQUE », et le message était clair, combattre la barbarie, et nous sommes nous tous des enfants de la République.

Identifier autrui, s’identifier à autrui, être identifié par autrui.

Ceux qu’on appellent des « élus locaux » doivent connaître, arpenter, chaque coin de rue, être identifiés et reconnus des habitants, dans tous les quartiers, qui doivent échanger avec des acteurs associatifs, de l’éducation populaire, des personnalités institutionnelles…et pas des « représentants de communautés », et AGIR !

Pour reprendre un terme que mes filles définiraient comme « swag », pour « faire société », il faut « faire République » !

Nous sommes

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