Les jours d’après…

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Dix-sept morts, tués parce que journalistes, policiers, juifs. En trois jours des salopards ont plongé la France dans le cauchemar et l’effroi. Et le pays est sorti de cette sorte de torpeur blasée qui l’étouffait depuis quelques temps déjà. Près de quatre millions de personnes ont manifesté dans les rues, dans toute la France, au nom de « Nous sommes Charlie », « nous sommes policiers », « nous sommes juifs », applaudissant et chantant la Marseillaise. L’union nationale a surgit dans le pays. Des figures du journalisme satirique, des caricaturistes ont été abattues froidement : Wolinski, Charb, Cabu, Tignous. Leur assassins l’ont clamé dans la rue : ils avaient « vengé le prophète ». Un employé de la Sodexho éliminé. Des policiers tués. Une jeune policière municipale abattue dans le dos. Un joggeur tiré comme un lapin et plongé dans un coma artificiel, entre la vie et la mort. Quatre otages tués parce que juifs. Et le monde entier – ou presque – est venu se ranger au côté de la France, en solidarité.

Les jours ont passé, le « cours normal » de chacune de nos vies devait s’imposer. Chaque jour égrainé je me suis interrogée : qu’aurait-il pensé, qu’aurait-il dit ? La lecture de Charlie Hebdo était un moment de rire et de plaisir pour cet homme plus laïcard que laïc qui appréciait cette impertinence et cette insolence.

Il détestait ce qu’il appelait les « bon-dieuseries ». Il n’avait rien contre les croyants, ni en général, ni en particulier, mais il honissait cet opium du peuple, cette « misère religieuse » responsable selon lui de bien des désastres dans le monde. Ce passionné d’Histoire, de politique, cet autodidacte comme on dit, était toujours au fait de l’actualité.

J’avais dix ans, il m’avait expliqué l’attentat du 3 octobre 1980 contre la synagogue de la rue Copernic et son dégout pour les mots prononcés par Raymond Barre.

En 2001, nous avions parlé du 11 septembre, beaucoup. Il m’avait aussi fait part de son raz-le-bol dans les mois qui avaient suivis, de voir le personnel travaillant sur les pistes de Roissy-Charles de Gaulle « emmerdés », à tout bout de champ, pour renouveler leur laissez-passer parce que « d’origine musulmane » comme disaient certains. Il disait sa crainte de voir chaque musulman soupçonné d’être des djihadistes en « veille ».

Il aurait sans doute hurlé à l’évocation des théories « complotistes ». Il aurait voulu dire son admiration pour le courage de Lassana Bathily qui a risqué sa vie pour planquer des clients de l’hypercasher vendredi dernier. Il aurait applaudit à la garde à vue de Dieudonné et à sa prochaine convocation devant le tribunal correctionnel à une audience ultérieure pour répondre des faits d’apologie d’acte de terrorisme.

Mais il n’est pas là, plus là, pour exprimer ce que ces derniers jours auraient provoqué chez lui. Trois années à penser chaque jour un peu à lui, mon père. Et ces derniers jours encore un peu plus. J’ai mon numéro de Charlie Hebdo du 14 janvier 2015. Lui il aurait acheté les numéros des semaines précédentes quand je n’aurais que regardé mes mails pour voir le dessin de la Une à paraitre le lendemain. Aujourd’hui mon papa repose plus en cendres qu’en paix, c’est malheureusement certain.

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