« Mon » village français (1)

photo Village

2300 habitants en 1936, 2498 en 2011, Saint-Varent est une commune du centre-ouest de la France, et c’est selon l’expression consacrée mon « berceau » familial. Je garde une multitude de souvenirs des quinze jours de vacances annuelles que je passais l’été, chez mes grands-parents, en compagnie de ma soeur, ou de mes cousins, entre 1977 et 1982 ou 1983.

Madame Mimot et son mari, à la tête de la charcuterie du bourg, auraient pu concurrencer les Poissonnard du « Bon beurre ». Madame Mimot arborait la même coiffure qu’Andréa Ferréol dans le film de Molinaro et des bras très blancs et tout dodus. J’avoue que l’image de ses bras me pousse à poursuivre sans répit des exercices de musculation…

J’ai 7 ans et ma grand-mère Marguerite expose fièrement mon dos bruni à Argelès-sur-Mer – « Regardez un vrai pruneau, on dirait une rastaquouère » – elle c’est la patronne de la Coop mais j’ai englouti son nom, (sur le moment l’exotisme de ce terme « rastaquouère » , tout à fait étranger à mon petit lexique, m’interpellait, mais je sentais bien que ce n’était pas le plus gracieux des compliments).

Les visites en fin de journée à la laiterie avec Marguerite pour récupérer le lait à la surface duquel on prélevait une crème épaisse qui s’étalait sur le pain le matin… un truc de dingue pour le cholestérol, mais on a survécu ! La dame du lait aurait mérité une bonne épilation faciale mais ça n’était pas sa priorité, enfin je crois.

Le matin, ma grand-mère nous renvoyait prestement nous coucher si elle n’avait pas terminé le ménage complet du rez-de-chaussé de la maison. Nous dégustions alors plus tard notre chocolat chaud, tandis qu’au même moment mon grand-père faisait une pause du garage (un vrai, il était garagiste), en trinquant à la visite quotidienne du facteur à coups de grandes rasades de vin blanc.

Les frictions énergiques à l’eau de cologne à la lavande, la langueur des après-midi au soleil à chasser les lézards, la trouille des nids de vipères dans les vieilles carcasses de bagnoles qui accompagnaient les pneus servant de pots de fleurs dans le « jardin », les balades à vélo sur la route de la Noubleau, où l’on croisait les camions qui faisaient l’aller retour depuis la carrière, l’escapade à la maison de la presse pour acheter Pif Gadget, tout cet univers est celui d’étés d’enfance.  Des instants auprès de Marguerite qui s’était cultivée toute seule, et lisait chaque nuit. Elle avait, aux côtés de son mari Michel, Franc-Tireur et Partisan dès la fin de l’année 1941, juste oeuvré pour garder des gens en vie. Mais ça elle ne m’en a jamais parlé.

Pour payer la maison médicalisée, elle dû vendre la maison que Michel avait construite entièrement après leur mariage, juste pour la guerre. Ils ont élevé une fille et quatre garçons. Marguerite dû se rendre aux obsèques de l’un de ses fils emporté par un cancer. L’année de ses 96 ans, elle préféra partir de son plein gré, un autre de ses fils, mon père, venait de tomber malade.

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