Anba latè pani plézi *

FOOD TRUCK

Cabrits-bois, cri-cri, petites grenouilles, autant de petites bêtes qui font tant de « bruits » dans les nuits martiniquaises. Sans doute ce qui créé un grand manque une fois Paris retrouvé(e). Ou alors c’est la lumière ? En période d’hivernage, si le ciel est moins « carte postale », pourtant la lumière lave les humeurs les plus cafardeuses.

Très vite c’est comme si une main se posait sur ton épaule et t’incitait à redescendre de ce rythme de fou parisien calmes toi et profites. Les journées commencent très tôt, à 7h tu es devant ton café à sourire béatement en regardant les mangots tomber de l’arbre. A 20h tu as eu une bonne journée et aucun besoin de compter les piqures de moustiques pour t’endormir.

ROCHER

6ème séjour et l’étonnement est toujours intact. Incroyable, les personnes que tu croises dans la rue te saluent ! Tu montes dans l’autocar et tout le monde dit « bonjour ! ». Les transports en commun c’est pas le point fort de l’ile. Mais prendre l’autocar c’est mon petit kiff * de provinciale. L’autocar saute à travers le paysage et tu retiens ton coeur au bord des lèvres.

Pour ne pas être en reste ni en marge, il faut lire France-Antilles. La lecture quasi quotidienne de la Presse Quotidienne Régionale reste un élément fondamental d’immersion où qu’on se trouve en France. Le fait divers est toujours en Une. Mais en l’épluchant on peut découvrir un article passionnant sur l’élevage du corail en Martinique.

Ici aussi les moins de 25 ans rouillent non pas aux pieds des immeubles mais devant l’échoppe du glacier. Les plus espiègles ont rassemblé du mobilier de classe, palettes de chantier, manges-debout, le long de la plage, sorte de « Barack-à-shit » à ciel ouvert.

En toute simplicité, ce qu’à Paris on nomme des Food Track font un délicieux commerce de sorbet-coco, snow-ball, poulet boucané, accras, près de la plage et du grand marché.

Le traditionnel marronnier « combien coutent les Antilles à la France ? » n’est pas à la Une du Figaro ni de l’Express cet été, la presse française comme nous tous a les yeux tournés vers la Grèce.

* Sous terre il n’y a pas de plaisir. Moralité : Il faut profiter de notre séjour terrestre

* A noter :Le mot kiff est un mot arabe signifiant « comment ». Il se prononce « kayf » en langue soutenue. En arabe, le mot n’a aucun lien avec le cannabis ou une quelconque drogue, contrairement au sens qu’il a pris en étant francisé et n’a pas de signification péjorative.

Neuf ans plus tard…

9d5d62ad

Du quai de Seine jusqu’au cours du 7ème Art en remontant la rue de Crimée, cela aurait dû faire une vingtaine de minutes de marche. J’avais un peu, beaucoup, trop, arrosé le mariage d’amis et ma vigilance était sans doute « émoussée ». En tous cas c’est ce que la psychologue de l’unité médico-judiciaire m’indiquera vers 5h du matin.

Ce que je retiens de cette nuit-là c’est cette image de moi, le cul dans une flaque d’eau, humiliée et démunie. Plus de sac à main, plus d’honneur, plus d’amour propre et un cri, le mien en pleine nuit.

Ce que je retiens des jours d’après, ce sont les somnifères, les anti-dépresseurs, les anxiolytiques, et la trithérapie. Les veines qui pètent les unes après les autres lors d’interminables prises de sang et cet échange avec un malade « t’inquiètes pas, là t’en chies, mais c’est provisoire, moi c’est pour la vie ». Les heures d’interrogatoire avec une équipe de flics formidables, leur délicatesse et leur psychologie, les allers-retours pour un « tapissage »…

Ce que je n’oublie pas ce sont les regards de mes filles, inquiets, interdits. Le soutien de leur père. Pour elles, mais aussi pour moi, il ne fallait pas sombrer. Hors de question de porter en bannière ce qui sera jugé comme « une agression sexuelle avec violence aggravée ».

Ce que je n’oublie pas ce sont les messages, les menus écrits, les coups de fil, les sms… Quelle drôle d’idée tout de même, des sms… Et les présences, sans faille celles-là, les chaleureuses, les fortes, les précieuses… pas juste les premiers jours mais jusqu’au procès. Mais pourquoi ne pas l’écrire, je n’oublie pas non plus, les regards qui se sont dérobés, les sourires gênés, les « on s’appelle »… ou pas. J’ai appris à faire « avec » et surtout à faire « comme si » des années après.

Le procès est intervenu 15 mois après, il était 3 en plus de mon avocat pour me soutenir, pour faire face à mon agresseur, pour entendre de ma bouche les détails du sordide. 3 mecs pour me tenir la main. Pierre, Mao, Jérôme, 9 années après, j’y ai repensé cet après-midi, Merci !

ZEN

Extérieur jourLe 11 mai dernier, Sarkozy « écorchait » Victor Hugo et son Quatrevingt-treize et persistait quelques jours après. La polémique enflait sur les réseaux sociaux mais là n’est pas l’essentiel. En 140 signes il ne s’agit pas de vérifier comme n’importe quel collégien de 4ème sur n’importe quel moteur de recherche ce que l’on écrit. Il faut faire du « buzz ». Les citations en tout genre fleurissent bon la culture à bon ton sur tous les supports de Facebook à twitter. Que celui ou celle qui n’en use ni n’en abuse, me jette la première pierre. Vieux souvenirs de ma première littéraire où chacun s’affairait à bourrer de citations plus ou moins heureuses chacune des copies à rendre.

Voici mon « TOP 13 », petite récolte sur le oueb des 15 derniers jours, où l’on n’hésitera pas à citer Bruce Lee ou encore Maître Yoda, mais pas Jaurès, ce qui est un comble pour une socialiste en 2015… Pour 2016, il faudrait que chacun démarre son répertoire de citations de François Mitterrand.

  1. Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors (Tagore).
  2. On blâme aisément les défauts des autres, mais on corrige rarement les siens. (La Rochefoucauld)
  3. Celui qui est le maître de lui-même est plus grand que celui qui est le maître du monde. (Bouddha)
  4. L’homme qui déplace une montagne commence par déplacer les petites pierres. (Confucius)
  5. Un but ne doit pas toujours être atteint, souvent il sert juste à nous donner une direction. (Bruce Lee)
  6. Quand tout semble aller contre toi, souviens-toi que l’avion décolle contre le vent, pas avec. (Henry Ford)
  7. Le bonheur ne se trouve pas au sommet de la montagne, mais dans la façon de la gravir. (Confucius)
  8. Dans tous les cas, l’espérance mène plus loin que la crainte. (Jünger)
  9. La peur mène à la colère, la colère à la haine et la haine au côté obscur.(Yoda)
  10. Pour voler avec les aigles, il faut arrêter de nager avec les canards. (Eker)
  11. C’est le propre de l’homme de se tromper; seul l’insensé persiste dans son erreur. (Cicéron).
  12. Tout le monde savait que c’était impossible à faire. Un jour est arrivé quelqu’un qui ne le savait pas, et qui l’a fait. (Churchill)
  13. Chaque coup de colère est un coup de vieux; chaque sourire est un coup de jeune. (Proverbe chinois)

Abeilles, pissenlits et soleil

Parc 2

Assis sur un banc, trois chibanis sourient à un petit enfant qui passe à vélo. Un peu plus loin c’est du portugais que l’on entends. Tout en haut de l’une des buttes, ça sent la fleur de tiaré. Bientôt deux décennies que je peux longer ce parc, inauguré en 1867 sous le règne de Napoléon III.

Il y a vingt ans, on se promenait dans le Parc des Buttes-Chaumont, en poussant une voiture d’enfant ou pour admirer la cascade.

Depuis quelques années, on s’y donne rendez-vous, pour un déjeuner sur l’herbe, un gouter d’anniversaire, un apéro décidé quelques minutes pus tôt…

Pompeusement nous pourrions disserter sur les nouveaux usages et nouvelles pratiques de l’espace public parisien. On se contentera d’écrire qu’il est bon et doux de profiter du soleil un dimanche à Paris, au milieu d’un peu de verdure.

Alors sûr en observant deux hommes à kippa promenant leurs enfants, passant devant le Rosa Bonheur, dont la file d’attente s’étire jusqu’à l’entrée du Parc rue Botzaris, on rêve quelques minutes en se disant que c’est sans doute l’une des plus belles réussites de cette ville ultra dense. Et que c’est drôlement intelligent d’y investir le nombre d’euros qu’il faut pour la longévité de cet espace de zénitude.

Rosa dimancheParc 1

Les mêmes qui peuvent en venir quasiment aux mains sur la ligne 60, où les noms d’oiseaux fusent, peuvent simplement lézarder au soleil, jouer avec leurs enfants et leurs enfants jouer avec des enfants qui ne partagent pas la même cour d’école, dans 25 ha d’herbe, de bacs à sable, avec deux théâtres de Guignol et la pêche aux canards.

Les mêmes qui se grillent la priorité au Simply market savent t-ils qu’ils profitent du Parc avec le noisetier de Byzance, les deux ginkgos bilobas, l’Orme de Sibérie ou le cèdre du Liban planté en 1880 ?

Alors les esprits grincheux du « c’était mieux avant » continueront à grimacer, mais je persisterais à apprécier ces dimanches après-midi, lunettes de soleil sur le nez au vent, à me péter le dos à pousser un petit vélo juste pour le sourire d’une petite fille de six ans…